dimanche 2 mai 2010

Chapitre cinquième: Profanation (5)

Émergeant petit à petit de l'inconscience, Idylle ouvrit les yeux. Rien. Le noir le plus total. Elle paniqua quelques instants avant de retrouver ses esprits. Où pouvait-elle bien être ? Que lui était-il arrivé ? Elle était allongée sur ce qui devait être une simple paillasse. L'air sentait le renfermé avec une étrange odeur soufrée en plus. N'étant entravée d'aucune sorte, elle rampa à tâtons jusqu'au mur le plus proche. Elle s'apprêtait à se relever pour faire le tour de la pièce quand un rai de lumière tomba du plafond au centre de la pièce. Après avoir tentée de percer les ténèbres du regard, ce simple rayon l'éblouit. Il venait en réalité d'une sorte de conduit, une très étroite cheminée qui partait du plafond et semblait s'élever sur des kilomètres tant le rond de ciel à son sommet semblait petit. Une plaque métallique venait de pivoter, révélant ce conduit. Idylle put alors à loisir contempler le maigre mobilier de sa cellule: une paillasse et deux seaux remplis d'eau saumâtre. Elle ne réalisait pas très bien ce qui venait de lui arriver. Soudain, le loquet d'une porte qu'elle n'avait pas vue cliqueta. La porte en chêne massif pivota sur ses gonds, révélant dans l'insoutenable lumière d'une torche la silhouette du duc de Castel-Bourg, souriant de toutes ses dents d'un air de prédateur.

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Les recherches n'avaient rien donné. Cela faisait presque une semaine que Galthar Ebou avait disparu et sa famille s'était résignée à l'idée de devoir le pleurer. Il avait sans doute été attaqué par un faute et c'était à présent inutile de ratisser tout le désert. Mais une sombre malédiction semblait planer sur la famille, le jeune disciple de Galthar et ami de la famille avait disparu le même jour que son mentor. Les années s'écoulèrent, effaçant petit à petit la douleur des enfants de Galthar.
Néfar la petite dernière avait été beaucoup moins atteinte par la mort de son père, disparu quand elle était encore trop jeune. Arrivée à l'âge de neuf ans, elle décida d'apprendre à mieux connaître son géniteur et se lança avec sa fougue enfantine dans l'étude des travaux de Galthar. Mais quelque chose manquait, nombre de ses écrits se référaient à un grimoire dans lequel il consignait ses découvertes. Après plusieurs années passées à suivre les traces de son père et à devenir, malgré son jeune âge, une des meilleures alchimistes des Terres Bénies, Néfar décida de reprendre à son compte les recherches entreprises des années plus tôt à la disparition de son père. Avec ses talents naturels pour la magie et l'entraînement de guerrier que lui faisait suivre son oncle depuis ses cinq ans, la jeune fille partait confiante, avec bon espoir de découvrir ce qu'il s'était vraiment passé.
A l'adolescence, ses recherches l'avaient dirigée vers un petit village loin de sa terre natale dans lequel vivait, il y a quelques années, un ami de la famille qui, selon ses sources, aimait chasser avec son père. Aucun indice ne laissait penser qu'il était avec Galthar Ebou ce jour maudit, mais il aurait sûrement des choses à lui apprendre s'il vivait encore là. La demeure avait été facile à trouver, mais ce que Néfar y découvrit la déstabilisa un peu. La maison était tenue par une unique servante qui passait ses journées au chevet d'un vieil homme très malade. Elle hésita longuement avant de demander à rencontrer ce vieillard mais cet entretien changea sa vie à jamais. Il était très touché de rencontrer la fille de son ancien ami disparu, et même s'il ne savait rien de l'incident, il la mena sur une piste intéressante. Ce dernier n'avait aucune confiance envers l'ancien disciple de son ami et tenait des propos selon lesquels ce jeune homme serait devenu puissant en Toleysande. Le vieil homme était fatigué par la maladie et peut être un peu délirant mais Néfar sentait en lui un fond de sagesse. Il lui fallait à tout prix retrouver ce disciple, il aurait beaucoup à lui apprendre de gré ou de force.

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Idylle n'avait jamais vu cet homme de si près. Elle fut envahie par un froid glacial quand il posa son regard sur elle. La peur commençait à se lire sur son visage.
_"Il me tardait de vous rencontrer, jeune dame. Je suis bien désolé que ce soit dans ces conditions, après la mort de votre frère" dit le duc. Une lueur de terreur passa dans les yeux d'Idylle. Il mentait, c'était sûr.
_"Je tenais à m'entretenir personnellement avec vous avant que le sort de votre partenaire soit irréversible" continua le duc.
_"Iléas..." s'étonna Idylle.
_"A moins qu'il ne soit pas le père de vos deux enfants illégitimes" répondit le duc. Comment savait-il ? Le regard de la jeune femme lança des éclairs.
_"Il ne tient qu'à vous de lui sauver la vie. J'ai besoin de savoir quelques informations..." commença le duc.
_"Jamais !" hurla Idylle.
_"Je vous laisse le temps de la réflexion, la colère ne vous sauvera pas. N'oubliez pas que vous êtes tous deux mes prisonniers" chuchota-t-il. Il sortit de sous sa veste la dague d'Iléas, il la prit dans ses mains d'une manière distraite et d'un ton distrait, dit: "ton comportement vous sauvera peut-être. Sache que ton amie Eléanore est aussi ma prisonnière". Idylle, à bout de nerfs, se releva et dans une tentative désespérée cracha au visage du duc. Ce dernier, avec son éternel sourire aux lèvres, sortit de la pièce, refermant derrière lui la lourde porte en chêne. Peu lui importait qu'elle parle ou non, elle était à elle seule un excellent moyen de pression sur Iléas de Champlain.



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vendredi 30 avril 2010

Chapitre cinquième: Profanation (4)

Le soleil se levait, dissipant la brume matinale. Quand elle avait quitté la ferme, Idylle s'attendait à une belle journée. Pourtant le temps avait rapidement changé et l'on aurait dit qu'une tempête se préparait. Toute à sa joie, Idylle n'y faisait pas attention alors que le temps semblait se transformer étrangement. Une sombre nuée vint assombrir le ciel au dessus de la jeune femme et une brume verdâtre monta du sol à une vitesse hallucinante. Idylle prit conscience de l'étrangeté d la situation: malgré de fortes bourrasques de vent qui auraient dû chasser le brouillard, elle n'y voyait plus au delà des oreilles de Tempérance. Laquelle jument paniqua soudainement quand un banc de brouillard la frôla. Sa monture partit au galop, tirant des gémissements de douleur à Idylle. Mais la sensation oppressante, le brouillard surnaturel et la sueur froide qui coulait le long de son dos la retinrent de tirer sur les rênes. Il fallait à tout prix qu'elle sorte de là, quoi que cela puisse être ! Tout le paysage avait disparu; elle n'entendait même plus les sabots de tempérance claquer sur le sol. Des bourrasques lui claquaient le visage; on aurait dit qu'elle galopait dans le néant. Puis des lambeaux de brume qui semblaient consistants l'entourèrent, tels d'immenses serres voulant capturer leur proie. Idylle se sentit happée dans le néant puis elle perdit connaissance.

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"Je vois" fit Iléas, pensif. Il jeta un regard dur sur son second: Klaus n'en menait pas large après le récit des événements de la taverne. Il avait reçu un choc en découvrant qu'il avait soupçonné à tort Florentin et Hilarion. Et dans le feu de sa haine vengeresse, il avait failli commettre l'irréparable. Iléas comprenait son emportement mais n'excusait en rien la violence et l'aveuglement dont il avait fait preuve. "Je ... je suis vraiment confus, crois-moi" bredouilla-t-il à son chef et ami. Il avait déjà fait ses plus plates excuses à Hilarion, Florentin et Guillem mais l'ancien capitaine des mousquetaires, blessé et qui avait craint pour la vie de son fils mettrait un certain temps à passer l'éponge.

"Bon, maintenant que nous sommes tous là, convaincus qu'aucun traître n'est parmi nous, il y a beaucoup plus important !" annonça Iléas en désignant Garimboldo de la tête. Omettant la présence de Néfar tant qu'il ne comprenait pas sa place dans l'affaire, Iléas fit le récit de ce qu'il avait entendu dans le camp du cardinal, aidé par Garimboldo qui compléta certains détails que le chef des malandrins n'avait pu entendre d'où il se trouvait. Hilarion, Viktor et les deux Bussigny restèrent bouche bée. Ce fut Florentin le premier à rompre le silence qui suivit la fin de l'histoire de son ami:
_"Par Dieu, mon ami ! Réalises-tu ce que cela veut dire ?"
_"Une amnistie totale ?!" s'étrangla Hilarion.
_"Le duc, un assassin ?" renchérit Guillem.
Abasourdis par la nouvelle, tous se mirent à parler en même temps. Iléas attendit que ses compagnons se calment, heureux de constater que la proposition avait rassemblé un tant soit peu ses amis. Quand le silence revint, il prit la parole: "Avant de prendre une quelconque décision, j'aimerais que tous ici y réfléchissent. Nous sommes tous concernés par cela". Il fit un signe de tête à Klaus: "Raconte-leur ce qui est arrivé au comte !" Klaus s'exécuta et fit le récit de cette sombre soirée où Iléas et lui avaient été témoins d'un assassinat particulièrement abject. Le comte avait été attaqué par une hideuse créature, un démon que les malandrins avaient vu ensuite flotter en direction du palais ducal. "Et ces documents que j'ai volés au palais confirment bien l'existence d'un traître à la solde du duc parmi nos camarades" renchérit le chef des brigands en sortant une liasse de papiers froissés de l'une de ses poches.

Le groupe passa le reste de la nuit en conciliabule, pesant le pour et le contre. Les malandrins n'avaient jamais vraiment aimé le duc; ces nouveaux éléments ne faisaient que renforcer leurs sentiments. Quant à Florentin, il y voyait une occasion de retrouver une certaine position sociale, position qu'il avait perdue en se rangeant aux cotés d'Iléas. Mais il restait un problème, et non des moindres: se pouvait-il que cette proposition ne soit qu'un piège supplémentaire pour capturer tout le monde ? Les deux Bussigny, élevés dans le respect de la religion avaient confiance en l'homme qui étaient le plus puissant représentant de Dieu en Toleysande. Iléas finit par prendre sa décision mais il ne voulait pas influencer ses compagnons. Aussi préféra-t-il attendre qu'ils se soient mis d'accord entre eux.
Finalement, tous finirent par s'accorder: la proposition du cardinal était une aubaine ! Leur situation actuelle n'était guère enviable alors cela leur semblait la meilleure des choses à faire. Iléas en était déjà parvenu à la même conclusion mais avec beaucoup moins d'enthousiasme que ses compagnons. Il se rappelait très bien l'indicible malaise qui l'avait saisi à la vue de la créature. "Bien ! Comme nous sommes tous d'accord, prenons un peu de repos pour le peu de nuit qu'il reste. Je me rendrais seul, à l'aube au campement du cardinal".

_"Inutile" fit une voix derrière la porte qui s'ouvrit en grinçant sur une silhouette encapuchonnée. Les sept compagnons sursautèrent tous. Iléas et Guillem, les plus prompts à réagir se ruaient sur leurs épées quand ils se figèrent. En faisant un pas dans la pièce, leur invité surprise laissa choir sa cape et la lueur des bougies éclaira les vêtements rouges si caractéristiques du cardinal de Chazarieu. Immédiatement à sa suite entrèrent dans la pièce une demie douzaine de ses gardes rapprochés, eux aussi vêtus de capes pour dissimuler leurs uniformes. D'autres gardes restèrent dans le couloir; la chambre de l'auberge ne pouvant accueillir autant de grands gaillards. Tous ces gardes étaient armés et Iléas ne doutait pas qu'ils étaient de très habiles escrimeurs mais aucun n'avait dégainé. Florentin et son fils s'inclinèrent immédiatement devant Gui de Chazarieu. Les autres malandrins étaient tétanisés; cette apparition leur rappelait l'embuscade. Iléas fit un geste apaisant à ses hommes et il s'inclina devant le religieux.
_"Monseigneur..." commença-t-il.
_"Monsieur de Champlain" répondit le cardinal d'un air amusé en lui rendant son salut d'un petit geste de la tête. "Laissez-moi dissiper tout malentendu" continua le cardinal. "Je ne viens pas pour vous arrêter ou vous exécuter. Seulement nous avons surpris des hommes du duc autour de mon camp. Ils vous auraient repérés. Vous conviendrez aisément que nous sommes beaucoup plus discrets ici et à cette heure indue".

Iléas était en effet impressionné :le cardinal et ses hommes devaient être là depuis un certain temps et ils n'avaient fait aucun bruit. De même, les pisteurs de Chazarieu s'étaient bien joués de lui: à aucun moment il n'avait n'avait réussi à les semer, seulement à s'en persuader.
"Maintenant mes amis," dit le cardinal en embrassant du regard le reste de la pièce, "je vais aller m'entretenir avec messieurs de Bussigny et de Champlain. Iléas, si vous voulez bien dire à vos hommes de suivre les consignes de mon lieutenant. Il va les conduire à mon campement". Iléas fit un signe d'assentiment à Garimboldo, Hilarion, Klaus et Viktor. Florentin acquiesça aussi de la tête à la demande muette de son fils. Les cinq hommes, ainsi que la moitié des gardes du cardinal partirent donc, laissant Gui de Chazarieu briefer Iléas et Florentin. Il leur fit part de ses certitudes quant à l'existence d'un complot de la part du duc, des différents assassinats et de rumeurs concernant des faits étranges qui se seraient produits dans la région. "Nous ne savons pas exactement ce que mijote le duc" expliqua de Chazarieu. "Il me faut plus que de simples certitudes pour agir: il a quelques amis à la capitale qui ont l'oreille du Roi".


Quand Iléas lui raconta ce qu'il avait vu le soir de l'assassinat du comte de Pierrefite, le cardinal resta silencieux un moment. "C'est ce que je craignais; messieurs nous n'avons pas simplement affaire à un homme, mais à une science occulte".
_"J'ai peur de ne pas très bien saisir" l'interrompit Florentin.
_"Je veux parler de magie mon cher Bussigny !" Florentin faillit s'étrangler en entendant cette réponse. "Les royaumes du Sud ont encore beaucoup de choses à nous apprendre".
_"Les Royaumes du Sud ?" s'étonna encore Florentin qui semblait de moins en moins comprendre la discussion.
_"Oui, les Royaumes du Sud" répondit le cardinal en se tournant vers Iléas qui voyait là la confirmation des origines de Néfar. "Monsieur de Champlain, vous n'avez pas l'air surpris à la mention des Royaumes du Sud. Avez-vous d'autres choses à m'apprendre ?" Le ton était amical mais Iléas sentit une certaine menace: le cardinal n'appréciait pas que ses subordonnés puissent lui cacher des informations importantes. Cela dit, cela semblait à double sens car de Chazarieu n'avait pas été avare en explications.
_"En effet, monseigneur, j'ai croisé une jeune femme qui venait très certainement des Royaumes du Sud mais cela a été si rapide que je n'ai rien appris, hormis le fait qu'ils ne sont pas là pour autre chose."
_"Vous a-t-elle dit quelque chose ?" insista le cardinal.
_"Seulement son nom, Néfar il me semble". Un éclair sembla passer dans les yeux du cardinal. Se pouvait-il qu'il s'agisse de Néfar Ebou, la fille de Galthar Ebou ?

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jeudi 11 mars 2010

Chapitre cinquième: Profanation (3)

Le traqueur entra dans la tente du cardinal, quand celui-ci l'y invita, suivi de son prisonnier solidement attaché et bâillonné.
_"Je vous amène les nouvelles que vous m'avez demandé et j'ai même un bonus" ironisa-t-il.
_"Très bien" répondit calmement le cardinal. "Je t'écoute, peu importe la présence du capitaine des mousquetaires". Le traqueur prit alors conscience de l'identité de son prisonnier mais ne se découragea pas.
_"Iléas de Champlain a rejoint son ami en route, et ils se dirigent ensembles vers le Bourg." expliqua l'homme.
_"Parfait, j'attends son retour avec impatience" répondit le cardinal. "Je suppose que les deux autres suivent toujours ces hommes à distance".
_"Bien évidemment !" dit le traqueur. Un autre garde entra précipitamment dans la tente.
_"Désolé de l'intrusion monsieur, mais un groupe de guerriers du sud a passé la frontière et se dirigent vers nous progressivement." Le cardinal ne fut pas surpris mais pas non plus enchanté par cette nouvelle.

* * *

Le cavalier à bout de force ralentit enfin l'allure à l'approche de son lieu de rendez-vous avec ses trois amis. Il posa pied à terre. Il ne vit personne dans un premier temps. La nuit était trop sombre. Petit à petit ses yeux s'habituèrent à l'obscurité. Il put enfin distinguer deux silhouettes assises. Il appela ses amis, pas de réponse. Au moment où il s'approcha des personnes, deux hommes étonnamment grands surgirent de chacun de ses côtés. Une main noire comme la nuit vint se poser fortement sur sa bouche, l'empêchant de crier. Un autre homme le plaqua au sol violemment. Le menton dans la mousse, il comprit que ce qu'il distinguait au loin étaient deux de ses amis ligotés et bâillonnés. Leurs yeux criaient. Ils semblaient être en bonne santé. Mais que leur voulaient ces êtres de la nuit ? Et où était Pyrrhus ?

* * *

Cela faisait une heure maintenant que les sabots de Tempérance martelaient le sol. La fatigue gagnait déjà Idylle. Tout son corps était plus difficile à mouvoir. Tenir le trot lui coûtait énormément. Elle décida de se reposer quelques instants, laissant paître sa jument à son aise dans le champ bordant la route. Elle s'assit sur l'herbe encore humide quand soudain une étrange sensation vint frapper son ventre. Une petite bosse se dessinait sous son haut, puis une autre. Il fallut quelques minutes à Idylle pour comprendre que ces petites tapes étaient des coups de pied de son enfant. L'émerveillement la gagna. Elle posa ses mains sur son ventre et le caressa tendrement. Elle sentait les petits coups entrecoupés de petits bruits secs. Elle identifia vite les battements de cœur de son enfant, mais il y avait autre chose. Les battements se succédaient vite et de manière irrégulière.

Un autre coup de pied se dessina à gauche de son ventre. Elle chatouilla tendrement son ventre quand une autre bosse se dessina à droite de son ventre. Son sourire s'élargit quand elle comprit qu'elle veillait sur deux petits êtres et pas seulement un. Cette découverte la fascinait. Peu lui importait les nuages noirs qui arrivaient et le vent froid qui s'était levé. Elle rejoignit Tempérance et la chevaucha après quelques caresses. Il lui fallait à tout prix retrouver Iléas et son frère pour lui annoncer la bonne nouvelle.

Le djinn observa la jeune femme chevaucher vers l'est. Trouver Champ-Bœru avait été facile et remonter la piste de la jeune femme un vrai jeu d'enfant.

mardi 9 mars 2010

Chapitre cinquième: Profanation (2)

Le souffle court et une douleur dans les côtes, le jeune homme ralentit sa course puis s'arrêta. Il posa ses mains sur ses cuisses afin de reprendre son souffle et calmer sa colère. Il n'avait pas pu rattraper son ami afin de lui faire retrouver la raison ! Ce dernier avait été plus rapide que lui. Son regard s'égara sur le sol une minute. Sa course l'avait mené loin de sa cachette et sans camouflage. Il ne fallait pas s'attarder ici. Tant pis pour Klaus. "Il finira par retrouver la confiance en ses amis" espéra Hilarion. Il rejoignit le Tabouret Branlant en faisant attention à ne pas être suivi. La nuit était sombre. Quand Hilarion entra dans la chambre, il eut un mouvement de recul. Le spectacle qu'il voyait n'était pas encourageant. Florentin tenait dans son bras valide le corps de Guillem gravement sonné. Viktor était à genoux à leurs cotés. Un regard suffit à Florentin pour comprendre que son ami était revenu bredouille. La vie de son fils n'était pas en danger, pourtant il tremblait de rage.

* * *

La trace de Garimboldo fut facile à suivre pour Iléas. Mais ce dernier ne précipita pas les retrouvailles. Il observa plutôt discrètement les trois traqueurs qui espionnaient son ami. Ses derniers étaient de vraies ombres. Pas étonnant que Garimboldo ne se soit aperçu de rien. Après avoir soigneusement étudié leurs comportements, il accéléra le pas et rattrapa son ami. Pour éviter de lui faire peur dans cette obscurité grandissante, il l'interpella assez fort. Il savait de toute façon que les traqueurs l'avaient repéré. Garimboldo se retourna l'air méfiant mais cela ne dura pas quand il reconnut son chef ! Il l'étreignit fortement malgré sa blessure. Son sourire en disait long.
Iléas fit semblant d'être surpris et s'attarda en mouvements amples avant de glisser à l'oreille de Garimboldo:
_"Ne nous attardons pas ici, nous sommes épiés, je te parlerais en route" chuchota-t-il.

Les deux compagnons se mirent en marche. Les trois traqueurs ne furent pas dupes. Ils décidèrent de se séparer pour que l'un d'entre eux puisse rendre compte au cardinal de la situation et que les deux autres continuent la filature discrètement. Iléas informa son frère d'arme de ses connaissances concernant son entretien avec le cardinal et Garimboldo vint compléter ses dires. Enfin Iléas expliqua le lieu précis de leur retraite avec les autres. Garimboldo fut d'abord surpris du comportement de Florentin puis le considéra comme normal.
_"Nous devons semer ces trois hommes avant de retrouver nos amis" chuchota Iléas. "Je n'en aperçois déjà plus que deux, rien d'étonnant, ce sont de vraies machines. Nous allons nous séparer à l'entrée du village et marcher de plus en plus vite dans deux directions opposées. Une fois que nous penserons avoir semé ces hommes, nous irons derrière le maréchal-ferrant. Il y a à cet endroit un tunnel souterrain qui part en direction du nord. Ce passage mène à bon nombre de caves du villages. Dans cet endroit, il sera facile en dernier recourt de perdre les traqueurs" expliqua Iléas.

Garimboldo acquiesça et à l'entrée du village les deux amis se séparèrent. Les hommes du cardinal furent surpris de cette action mais ne se laissèrent pas décontenancer. Ils se séparèrent à leur tour dans les ruelles du village. Iléas fit maints détours avant de se diriger vers le maréchal-ferrant. Il enchaînait les changements de direction à vive allure. Il tourna précipitamment sur sa droite quand tout à coup il fut heurté par un homme essoufflé. Ils roulèrent tous les deux au sol. Iléas se tenait prêt à attaquer l'homme quand soudain il reconnut la tignasse brune de son frère d'arme.
_"Klaus !" s'étonna Iléas. "Je n'ai pas le temps de t'expliquer. Rendez-vous au Tabouret Branlant en passant par le tunnel derrière le maréchal-ferrant."
Klaus n'en croyait pas ses oreilles. Tout ce chemin pour rien ! Sans poser de question, il regarda Iléas s'en aller à grands pas. Essoufflé, il rassembla le reste de ses forces pour aller vers la point de rendez-vous.

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Étonnés par la requête du duc, mais lui étant entièrement dévoués, Guy de Chauliac et son fils partirent à cheval en direction du camp du cardinal.
_"Que cherche à savoir le duc ?" demanda François de Chauliac.
_"Je l'ignore mais il doit avoir un pressentiment" répondit son père. "J'ai bien l'impression que le cardinal n'est pas si honnête qu'il veut le faire paraître".
Il attachèrent les chevaux à bonne distance du camp et vinrent s'allonger en haut d'une bute qui le surplombait. Scrutant vaguement les tentes ils discutèrent des comportements du cardinal et du duc.
Ils n'entendirent pas le traqueur du cardinal revenir sur ses pas.
_"Messieurs, il me semble que vous vous êtes égarés" ironisa l'homme du cardinal. François fut le premier à réagir. Il bondit sur ses pieds l'épée à la main. L'homme riposta à une vitesse fulgurante et un combat s'engagea entre les deux soldats. Ils furent vite rejoints par Guy de Chauliac qui pour son âge gardait une habileté à l'épée rare. Le traqueur étonné par l'agilité de ses adversaires, préféra abréger ce combat avant de se mettre en danger. Il surveilla la moindre faille. Le jeune homme faisait des mouvements trop amples. Il profita de cette maladresse pour faire tomber la garde de cet adversaire et lui donner le coup fatal. Le corps du jeune tomba au sol. Le plus âgé, à la surprise du garde, lâcha son épée et tomba au côté de son compagnon. L'homme pas fier mais un peu soulagé profita de cette situation pour maîtriser le deuxième homme qui hurlait dans la nuit.

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Iléas, malgré son étonnement de croiser Klaus avait fait semblant de ne pas le connaître. Il avait hâte de tirer au clair pas mal de choses. Il arriva vite à l'entrée du tunnel. N'entendant aucun pas aux alentours il s'élança dans le souterrain. Deuxième à gauche puis troisième à droite se répétait-il sans cesse. Il trouva sans difficulté les caves du Tabouret Branlant. Même dans le noir, l'entrée lui était familière. Il s'arrêta quelques instants sans distinguer ni la moindre silhouette ni le moindre bruit dans cet obscur couloir. Il ouvrit la porte, entra puis la referma lentement derrière lui. Il sortit de la trappe sans croiser le tavernier puis regagna la chambre.
Le spectacle qu'il vit en arrivant le pétrifia. Son ami assis par terre tenait dans ses bras son fils. Cette situation lui rappelait les pires heures de sa vie: la mort de son propre fils. Ce dernier aurait dû avoir deux ans de moins que Guillem. Le destin en avait décidé autrement. Son petit corps avait été déposé dans ses bras prêt de dix ans plutôt.

Iléas regarda tour à tour ses quatre compagnons. Quoiqu'il ait pu se passer, cela mériterait vengeance. Dans ce contexte, il lui sera difficile de leur parler de la proposition du cardinal. Il avança de quelques pas dans la pièce quand soudain quelqu'un frappa à la porte. Iléas retourna sur ses pas et entrouvrit la porte. Garimboldo s'engouffra dans la pièce, un grand sourire aux lèvres.
_"Regardez qui j'ai trouvé dans la souterrain !" scanda-t-il. Klaus entra dans la pièce lentement en prenant soin d'éviter les regards des autres.

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mercredi 3 mars 2010

Chapitre cinquième: Profanation (1)

Le duc, dans les sous-sols de son château invoque des créatures bizarres pour lui ramener Idylle, l'amante d'Iléas enceinte de ses enfants. Pendant ce temps, le cardinal relâche Garimboldo avec une offre d'amnistie pour Iléas, à condition d'enquêter sur les manigances du Duc. Et Iléas fait la connaissance de Néfar, une jeune guerrière des Royaumes du Sud.




Chapitre cinquième: Profanation.


Le soleil disparaissait derrière les murailles de Shagrad-Loth, la ville aux mille tours. Construite au cœur d'une immense oasis, au fin fond du désert de Carthatt, Shagrad-Loth était rapidement devenue un point de rencontre majeur pour toutes les caravanes des Terres Bénies. Ainsi se nommaient eux-même les Royaumes du Sud. En quelques cinq cent années d'existence, Shagrad-Loth était devenu l'un des joyaux de la région. Ses tours et ses dômes étaient réputés pour leur beauté. Mais au-delà de la richesse architecturale ou marchande, ce qui faisait la renommée de la cité, c'était la science. Voire même les sciences; qu'elles soient occultes ou non, elles étaient toutes bienvenues ici et l'on venait des quatre coins des Terres Bénies pour résoudre des problèmes en tous genres. L'on pouvait même parfois apercevoir d'étranges hommes à la peau claire, des aventuriers ou des marchands venant des lointaines terres du nord.

Antoine de Bertisse, le futur duc de Castel-Bourg était de ceux-là. Sinistre rejeton d'une prestigieuse lignée, il avait décidé, à l'aube de sa dix-neuvième année, de partir chercher fortunes dans les Royaumes du Sud. Après plusieurs mois à enchaîner les contrats divers, du mercenaire occasionnel au scientifique saisonnier, il avait été repéré par Galthar Ebou, un des plus grands alchimistes de la cité. Père de cinq enfants, Galthar Ebou vivait dans un immense manoir en bordure de la cité. Sa femme venait de mettre au monde leur dernier enfant, une fille qu'ils avaient baptisée Néfar. Tout semblait sourire à Galthar et il vit dans ce jeune homme du nord si cultivé une occasion de découvrir de nouveaux horizons. Une fois au service de l'alchimiste, Antoine prit immédiatement une influence considérable sur Galthar. Tout à son art, l'alchimiste ne voyait pas les perfides motivations de son jeune disciple.

La jalousie avait très vite envahi Antoine. Les recherches de Galthar Ebou l'intéressaient mais sa famille unie l'émerveillait ! Plus que tout ! Ils étaient à coup sûr les descendants directs des grands sorciers qui avaient créé les Royaumes du Sud. Ils disposaient d'une habileté particulière à la magie. Galthar Ebou invoquait fréquemment des serviteurs magiques pour les basses besognes. Les enfants avaient pour la plupart un don dès la naissance, de son aîné qui avait une mémoire impressionnante jusqu'à sa petite dernière qui dans le berceau attirait des objets à elle sans les toucher. Antoine convoitait cette connaissance qui lui était étrangère. Il avait réussi à obtenir les principaux secrets du travail de Galthar Ebou mais ce dernier ne parlait pas de ses pratiques familiales. La seule chose qu'Antoine savait c'était que le Patriarche écrivait chaque soir quelques lignes dans un grimoire qu'il rangeait après soigneusement dans sa bibliothèque.

Antoine aidait tous les jours son employeur à développer de nouvelles idées. Mois après mois, Antoine avait réussi à conquérir l'amitié de Galthar Ebou et venait de plus en plus souvent se joindre à sa famille pour dîner. Il profitait de ces instants là pour étudier les aptitudes des enfants à l'insu de leurs parents. Ce manège continua jusqu'au jour où l'homme fut porté disparu après une journée de chasse. Antoine fut tiraillé entre son devoir de prendre soin de sa famille et sa soif de connaissances. Cette dernière fut la plus forte. On ne revit plus jamais Antoine de Bertisse a Shagrad-Loth, ni le grimoire de Galthar Ebou...

* * *

Son plan fonctionnait à merveille. Il aurait bientôt un moyen de pression sur un autre membre du groupe de brigands, le chef qui plus est. Ah ! L'amour ! Ce boulet au pied qu'il avait lui-même décidé de ne jamais porter. Les occasions n'auraient pas manqué mais aucune femme n'avait vraiment touché le cœur du duc. Ses plans ne devaient pas être mis en danger inutilement. Il affichait un grand sourire quand il sortit de son repère. Ce grimoire avait fait sa fortune, son ascension sociale, sa gloire !

Il sortit une pomme de sa poche et s'approcha de l'une des six autres pièces du sous sol. Il ouvrit la porte à l'aide d'une grosse clé métallique et entra dans une petite pièce sombre. La lumière du couloir vint éclairer le visage fatigué d'une jeune femme enchaînée au sol par les chevilles et les poignets. Son sourire s'élargit encore un peu plus quand il laissa tomber la pomme à ses pieds. La distance entre sa prisonnière et la pomme était telle qu'il faudrait du temps et de la souplesse à la tigresse rousse si elle voulait manger. Personne ne savait qu'elle était ici, mais elle lui avait fourni de précieuses informations. Il savait que le temps, la fatigue et la faim étaient des atouts non négligeables. Il ne savait pas combien de temps elle lui serait encore utile avant qu'il doive la faire disparaître.

Le duc referma la porte, plongeant Eléanore dans le noir le plus total. Puis il grimpa deux à deux les marches le menant au château. Il camoufla sa cachette et s'élança dans le couloir à grands pas. Au détour du couloir suivant, il croisa Guy de Chauliac et son fils. Ils devaient faire leur tour de garde pensa le duc.
_"Mon ami, tu ne dors donc jamais" lança Guy.
_"Je m'éveille juste d'un mauvais rêve, je vais retourner dans mes appartements après ce tour de mon palais" répondit le duc.
_"Notre ronde a été calme, comme toujours" le rassura Guy. "Je te trouve bien jovial pour quelqu'un qui a fait un cauchemar" pensa pour lui-même François.
_"Pourrais-je te demander un service mon ami ? J'aimerais que vous vous rendiez au camp du cardinal, cette nuit afin de me rapporter à l'aube ses mouvements et ceux de ses hommes" demanda la duc.
_"Bien sûr, nous nous y rendrons dès la fin de notre ronde. Mais la nuit risque de nous masquer le principal" répondit Guy de Chauliac.
_"J'ai besoin de savoir tout ce qu'il est humainement possible de savoir" rétorqua le duc en s'engageant dans le couloir suivant. Rien ce soir ne pouvait entacher sa bonne humeur.

mardi 2 mars 2010

Chapitre quatrième: Dérapages (3)

L'apparition examina d'abord son propre corps avant de tourner la tête vers le duc. De stature malingre, son corps semblait inadapté à la vie et la peau translucide laissait apparaître des choses en mouvement sous la surface. Le duc surmonta sa répulsion pour dire:
_"Xergotias, j'ai une mission à te confier".
_"C'est toi qui m'a fait venir dans ce monde ?" interrogea le djinn d'une voix acide. "Puisque tu as respecté le rituel, je t'écouterais, parle !"
Le duc frémissait d'excitation. Cela fonctionnait ! Il avait invoqué Xergotias qui se mettait à sa disposition. Il réprima vite l'idée de l'envoyer tuer le cardinal. Mais ce serait une réaction stupide qui lui vaudrait la mort à coup sûr. Il lui avait fallu du temps pour accomplir ce qu'il venait de réussir. Et il n'était pas encore assez puissant pour s'attaquer de front à De Chazarieu: cet homme avait derrière lui à la fois tout le pouvoir royal et toute la puissance de l'Église, spirituelle mais aussi diantrement matérielle. Préférant ne pas mettre à l'épreuve la durée de son invocation, il préféra aussi abandonner tout projet concernant le groupe de Champlain. Les recherches pouvaient durer plus que prévu même avec l'appui du Chaos. Il décida de mettre à profit les nouvelles informations qu'il avait extorqué à sa prisonnière rousse.
_"Tu vas te rendre dans un lieu-dit appelé Champ-Bœru; tu y trouvera une jeune femme enceinte nommée Idylle, ramène-la moi ! Vivante bien entendu !"
Xergotias inclina son gracile cou, fit un sourire narquois au duc et commença à se dissoudre. La brume d'où il était apparu se répandit dans la pièce, passant outre le pentacle. Le duc eut un bref instant de panique mais la brume se dirigea vers les murs et se fondit dans les interstices entre les pierres. Le djinn était parti pour mener à bien sa mission.

* * *

Quand Iléas fut sûr que l'interrogatoire de Garimboldo était terminé, il fit signe à sa mystérieuse compagne de se reculer lentement vers la lisière du campement et les arbres. Elle lui fit un hochement de tête d'assentiment et ils rampèrent tous les deux jusqu'à l'abri de la forêt. Iléas ne savait pas vraiment quoi penser de tout ce qu'il venait d'entendre. L'histoire du cardinal lui paraissait tout à fait plausible. Lui aussi avait eu vent de rumeurs concernant les morts suspectes de certains. Mais contrairement à Garimboldo, il en savait plus, suffisamment pour savoir que le duc était effectivement derrière tout cela. Avec Klaus, ils avaient été témoins du meurtre. Ne s'étant jamais senti assez l'âme d'un justicier pour s'opposer au duc, il en avait seulement profité pour vider complètement l'argenterie du susdit et feu conte. Et puis ce qu'il avait vu cette nuit-là venait encore le hanter de temps à autre.

De Chazarieu avait raison au moins sur ce point: enquêter sur le duc serait un plaisir. Iléas haïssait de plus en plus cet homme, surtout après la découverte des documents sur l'existence d'un traître au sein de son groupe. Et puis l'amnistie pouvait être une solution pour couler des jours paisibles avec son fils. Il aimerait tant que ce soit un garçon ! Mais pouvait-on se fier au cardinal ? Il coupa court à ses interrogations et se retourna vers la jeune femme.
_"C'est vous n'est-ce pas ?" commença-t-elle de sa voix claire et chantante. "Vous êtes le Iléas de Champlain que le duc recherche."
_"En effet, c'est moi" répondit Iléas. Il ne parvenait toujours pas à détacher son regard de l'inconnue. Celle-ci se mit à rire silencieusement.
_"Vous savez, la première fois que j'ai vu quelqu'un comme vous, j'ai dû faire la même tête que vous maintenant !" Elle remit sa lame courbée dans un fourreau en cuir ouvragé. "Je suis Néfar", se présenta-t-elle en s'inclinant, ses cheveux nattés virevoltant autour de sa tête. Iléas remarqua pour la première fois qu'elle portait d'étranges vêtements noirs, très près du corps qui devaient lui permettre une liberté de mouvement maximale mais que beaucoup auraient qualifiés d'indécents tant ils sculptaient ses formes.

Puis d'un mouvement rapide, elle se hissa dans l'arbre le plus proche et disparut très rapidement, avalée par la nuit, laissant Iléas bouche bée. Elle venait à n'en pas douter des Royaumes du Sud. Mais que venait-elle faire si loin de chez elle ? Rajoutant toutes ces pièces à un puzzle qui n'en finissait pas de grandir, Iléas partit dans la direction prise par Garimboldo, encore sous le choc de sa rencontre avec Néfar. Lui qui n'avait jamais vraiment pris au sérieux ces récits sur les habitants des mystérieux Royaumes du Sud !

* * *

Galopant à vive allure, l'homme quitta la route alors qu'il était encore en vue de Castel-Bourg. Il lui fallait rapidement rallier le lieu de rendez-vous fixé avec ses trois autres compagnons. La honte et le dégoût de lui-même le rongeaient. Mais ce n'était rien en comparaison de son amour pour Eléanore. Cela faisait maintenant plusieurs semaines qu'il donnait au duc de précieuses informations sur les mouvements de ses compagnons. La mort de Stanko pesait lourd sur sa conscience mais il savait à présent qu'Iléas n'était pas captif. De plus, son chef savait aussi que Florentin n'était pas le traître qui les avait tous donnés.
Il avait pris soin d'emporter avec lui vivres et vêtements de rechange, fournis par l'intendance ducale. C'était en effet sur ce prétexte que les quatre compagnons s'étaient séparé pour la journée. Maintenant que Klaus les avait laissés, il ne pouvait plus avoir d'informations réellement intéressantes pour le duc. Comment retrouver Iléas et espionner le cardinal puisqu'il devait à tout prix retrouver les trois autres dans peu de temps ? Mais il préféra ne pas songer à ce qu'il se passerait si le duc ne trouvait plus d'intérêt dans ses rapports. Les geôles ducales n'étaient pas réputées pour leur hospitalité conviviale. Comme la pauvre Eléanore devait souffrir ! Les larmes aux yeux et la haine au cœur, il fit encore accélérer son cheval. Inutile de donner aux autres une occasion de le soupçonner; le climat était déjà suffisamment tendu.

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lundi 1 mars 2010

Chapitre quatrième: Dérapages (2)

En digne héritier des grands inquisiteurs de jadis, le cardinal savait délier les langues et distinguer la vérité d'un mensonge avoué dans le but de mettre fin à une longue série de souffrances. En jouant sur le sentiment d'abandon de Garimboldo et sur la douleur de sa blessure, il avait rapidement obtenu la vérité. Les malandrins n'étaient au courant de rien. Ou tout du moins celui en sa possession. Et il avait l'air sincère en niant sa participation ou celle de son chef à toute la série de meurtres que le duc avait l'air de vouloir à tout prix mettre sur le dos du groupe de bandits de grand chemin.
_"Le comte de Pierrefite, l'abbé Courtenceaux... tu as bien dû entendre des rumeurs au sujet de leurs morts". Gui de Chazarieu s'assit dans son fauteuil, face à Garimboldo qui semblait épuisée, tant mentalement que physiquement.
_"Je... j'en sais rien. Certains disent qu'ils ont été emportés par des ombres, des fantômes... Mais avec Iléas, nous n'avons jamais tué personne."

Le cardinal soupira. Le brigand n'avait fait que renforcer ces certitudes mais sans lui apporter de faits nouveaux. Il n'avait pas été dupe du récit du duc. Ce dernier complotait contre le roi, le cardinal en était certain. A présent il n'avait même plus de doutes sur le fait que le duc avait fait tuer nombre de notables locaux qui le gênaient. Et par la même occasion, que ce soit volontaire ou non, il avait réduit au silence la presque totalité des informateurs de Gui de Chazarieu dans la haute société.
_"Et le duc ? Savais-tu qu'il a un homme infiltré parmi tes amis ?" Le cardinal posa un regard condescendant sur Garimboldo. "Mais je pense que ton chef, le sieur de Champlain est déjà au courant. Je crois que c'est lui qui m'a dérobé les lettres que m'avait donné le duc; quand il s'est échappé des cachots. Oui, mon ami !" Le cardinal sourit devant l'air réjoui de Garimboldo. "Oui, il s'est évadé. D'ailleurs je pense que tu vas sans doute faire la même chose..." Garimboldo regarda le cardinal de Chazarieu sans comprendre.
_"Je ne comprends pas monseigneur" bredouilla-t-il.
_"Tu n'es qu'un pion; tu ne m'intéresses pas. Mais tu as quand même ton utilité. Je pourrais continuer à m' "occuper" de toi et je saurais où se cache Iléas de Champlain. Pourtant, que ferais-je d'un malandrin comme lui ?"
_"Mais, ... mais vous n'êtes pas là pour le capturer ?"
_"Pauvre imbécile", le cardinal secoua la tête dédaigneusement. "Crois tu que je me déplace personnellement chaque fois qu'un bourgeois se fait dévaliser ? Non voyons ! Je suis ici pour des affaires bien plus importantes. Voilà justement où tu interviens. Tu vas transmettre ce message à Iléas de Champlain: je lui offre une amnistie totale, voire même une place dans ma garde personnelle. Bien entendu, c'est valable pour tous ses hommes. Il devra travailler sur cette affaire et ne rendra compte qu'à moi. Troquer son statut d'ennemi public contre celui d'agent particulier à ma solde, voilà qui devrait l'intéresser. Surtout s'il s'agit d'enquêter sur le duc, celui qui a poussé l'un des vôtres à tous vous trahir !"

Garimboldo se sentait totalement dépassé par la situation. Si le cardinal disait vrai, Iléas était vivant et libre. Il saurait quoi penser de tout ça lui !
_"Mais prends garde, toute ma proposition serait annulée si cela doit s'ébruiter" compléta le cardinal devant le silence de son interlocuteur. "Et ne tente pas de simplement me fausser compagnie. Tu as vu que j'ai tenu parole en te faisant soigner. Si Iléas se présente à la tombée de la nuit à ce camp, pour les trois prochains jours, il ne lui sera fait aucun mal et je l'attendrais pour lui parler personnellement."
Après ce discours, le religieux fit accompagner Garimboldo à la sortie de sa tente. Le malandrin, l'esprit encore confus par la douleur et toutes les informations qu'il essayait d'assimiler, prit rapidement la poudre d'escampette et partit dans la direction du bourg. De Chazarieu l'avait prévenu que c'était inutile de tenter de rejoindre la retraite secrète du groupe qui devait grouiller de soldats. Le départ de Garimboldo fut suivi du départ des meilleurs traqueurs du cardinal. C'était une chose de relâcher un malfaiteur en lui proposant un emploi et De Chazarieu avait pris ses précautions. Pas un moment Garimboldo ne soupçonna derrière lui la présence des limiers du cardinal tant ils savaient disparaître dans leur environnement.

La machine était lancée et le cardinal se laissa aller à se faire servir un verre de cet excellent vin des Côtes Escarpées dont il avait pris soin d'emporter une caisse. Il se cala dans son fauteuil en soupirant d'aise et en rendant grâce au Seigneur pour sa bonté et surtout l'excellence du breuvage à travers lequel il faisait jouer la lumière des chandeliers. Si tout se passait bien, il aurait en la personne d'Iléas de Champlain un précieux franc-tireur pour déjouer les plans du duc. Le bandit était habile, devait détester le duc et bénéficiait à la fois d'une solide réputation et d'une parfaite connaissance de la région.

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